Les poupées, ça se blessent . Ça se déchirent . Après tout, ce n'est que du chiffon.
En fait, c'est rien. Et puis, il y a les jolies poupées. Celles que tout le monde veut. Vous savez bien, celles qui ont de beaux cheveux, le regard doux, le sourire agréable. Elles ont de jolies robes ces belles poupées. Elles ne restent pas longtemps dans les rayons. Elles sont si jolies. On ne sait pas ce qu'elles valent. Mais elles ont le visage doux et plein de tendresse. Alors on les aime immédiatement. Elles prennent toute la place dans les c½urs. Elles relèguent toutes les autres au rang de simples figurantes. C'est ainsi que cela se passe.
On ne pense pas à l'autre. Celle qui a eu un défaut de fabrication. Il lui manque un peu de cheveux. Ses yeux sont étranges. Sa bouche se tord en une grimace. Sa robe n'est pas si jolie, il y a même un trou, en bas de l'ourlet, près du jupon. Celle là, c'est à peine si on la voie. Ce n'est pas qu'on se moque d'elle . Elle n'est pas franchement laide. C'est juste qu'on ne la voie pas. Transparente. Sitôt aperçue qu'on l'a déjà oublié. Elle n'est pas de celle qui marque les esprits. Son seul espoir. C'est d'attendre. Attendre la personne exceptionnelle qui verra sa beauté. Elle peut attendre longtemps. Elle peut attendre à tout jamais. Elles verra bien souvent toutes les autres partir du rayon. Elle restera là, elle. Le c½ur serré. Heureuse pour les autres. Mais avec l'espoir qui flatte le c½ur. Il est terrible cet espoir ; celui qu'elle est tout de même la plus belle. Ce c½ur de princesse qui rêve d'être la plus jolie au monde . Il n'y a rien de plus terrible.




